Mardi 31 octobre 2006
Apprendre du Bach par coeur, c'est infernal : tous les musiciens vous le diront. Mais le prélude qui ouvre le Clavier bien tempéré, en "ut" majeur (ut, que c'est exotique), il me sort naturellement des doigts quand je me mets au piano. Je bute parfois sur une ou deux modulations vers la fin, mais je rectifie facilement à l'oreille.
Normal, c'est un tube absolu : on l'a tous entendu dans un supermarché, une pub, en accompagnement de l'Ave Maria de Gounod, ou dans la cage d'escalier, joué par la fille des voisins du dessous qui a quatorze ans et des boutons. "Un peu galvaudé" dirait un de mes potes mélomanes, qui pousse le snobisme jusqu'à lire Bourdieu en étant complètement shouté, sur fond de partitas de Bach interprétées par Gould. "Attends, ce que je préfère, me dit-il en trafiquant le bouton CD de sa chaîne, c'est la 23ème minute !".
Bon. Le premier prélude de Bach. J'hésite : mettre la pédale, pour un rendu liquide et romantique, ou le jouer à la mode sèche, baroque, en soignant les silences. Va pour la deuxième solution, ces résonnances m'irritent, hop, j'enlève mon pied de la pédale, dans un "ZDONG" métallique, qui propage une onde dans tout le piano et jusqu'à mon tabouret, hou...
Ca décoiffe. Très digne, je continue d'étaler la cellule mélodique et rythmique imperturbable, déclinée dans toutes les nuances de l'ennui et de la sensibilité, parfois des vagues, des crescendo assumés (j'entends les marteaux de plus en plus fort sur les cordes : poc, poc, poc) miment un emportement réel ou feint (même seule face à mon clavier, je garde le sens du ridicule) et voilà que je pleure - pourquoi ? - je me suis oubliée, j'ai pensé à tout ce qui fait ma tristesse sur terre, mais je me reprends à moitié pour la fin triomphante du prélude (heu... la fugue ce sera pour une autre fois) dans cet accord majeur que je lâche trop tôt, d'ailleurs toutes les notes ne sont pas sorties, mes mains sont trop faibles...
Je verse encore une ou deux larmes sur mon canapé, puis je me secoue : je dois faire les courses, il n'y a plus de papier toilette et j'aimerais bien manger des légumes avec le steak hâché surgelé ce soir.
Normal, c'est un tube absolu : on l'a tous entendu dans un supermarché, une pub, en accompagnement de l'Ave Maria de Gounod, ou dans la cage d'escalier, joué par la fille des voisins du dessous qui a quatorze ans et des boutons. "Un peu galvaudé" dirait un de mes potes mélomanes, qui pousse le snobisme jusqu'à lire Bourdieu en étant complètement shouté, sur fond de partitas de Bach interprétées par Gould. "Attends, ce que je préfère, me dit-il en trafiquant le bouton CD de sa chaîne, c'est la 23ème minute !".
Bon. Le premier prélude de Bach. J'hésite : mettre la pédale, pour un rendu liquide et romantique, ou le jouer à la mode sèche, baroque, en soignant les silences. Va pour la deuxième solution, ces résonnances m'irritent, hop, j'enlève mon pied de la pédale, dans un "ZDONG" métallique, qui propage une onde dans tout le piano et jusqu'à mon tabouret, hou...
Ca décoiffe. Très digne, je continue d'étaler la cellule mélodique et rythmique imperturbable, déclinée dans toutes les nuances de l'ennui et de la sensibilité, parfois des vagues, des crescendo assumés (j'entends les marteaux de plus en plus fort sur les cordes : poc, poc, poc) miment un emportement réel ou feint (même seule face à mon clavier, je garde le sens du ridicule) et voilà que je pleure - pourquoi ? - je me suis oubliée, j'ai pensé à tout ce qui fait ma tristesse sur terre, mais je me reprends à moitié pour la fin triomphante du prélude (heu... la fugue ce sera pour une autre fois) dans cet accord majeur que je lâche trop tôt, d'ailleurs toutes les notes ne sont pas sorties, mes mains sont trop faibles...
Je verse encore une ou deux larmes sur mon canapé, puis je me secoue : je dois faire les courses, il n'y a plus de papier toilette et j'aimerais bien manger des légumes avec le steak hâché surgelé ce soir.
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