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Vendredi 28 juillet 2006
    I. m'a rendu un livre auquel je ne pensais plus : Les fruits du ginko, de Kenji Miyazawa. Il a vieilli ce livre. Qu'est-ce qu'il fait sur le canapé ? Je l'extrais de la pile de coussins et je m'arrête longuement sur la couverture : la photographie agrandie d'une feuille de ginko. Je sais qu'elle est agrandie, parce que j'ai vu un vrai ginko au jardin des Plantes : c'est un arbre majestueux aux toutes petites feuilles tremblantes comme des grelots. Je ne me serais pas aperçue de la curieuse découpe des feuilles si je n'avais pas eu en tête, ce jour-là, la couverture du livre de Miyazawa. Oui, chaque feuille ressemble bien à un mini-éventail végétal.
    Mais à quoi ressemblent les fruits du ginko ? Tout ce qu'en apprend la nouvelle de Miyazawa, c'est que les enfants-fruits de la mère-ginko partent un jour tous ensemble, emportés par le vent glacial du nord :
    "Il en était ainsi. Ce ginko était leur mère.
    Cette année, mille enfants aux teintes d'or étaient nés.
    Et aujourd'hui, c'était le grand jour, le jour où les enfants allaient partir tous ensemble. La mère, dans sa tristesse, n'avait cessé jusqu'à la veille de laisser choir ses cheveux d'or, qui dessinaient comme de petits éventails.".

    Je réprime un bâillement. Je ne me souvenais pas d'un texte enfantin à ce point. Cela me vexe d'autant plus que tous ceux à qui je conseille de lire Miyazawa, ma découverte de ces deux dernières années, reviennent me voir un peu décontenancés, presque gênés.
    - Quoi, tu n'as pas aimé ?
    - Si, si, mais... C'est peut-être trop poétique pour moi...
    - Ah oui, je vois ce que tu veux dire...
       (Silence contrit).

    Je continue ma lecture sur le canapé, je presse, je m'énerve. Brusquement, l'énervement se mue en émerveillement. Je n'ai plus l'impression irritante d'écouter le babillage d'un enfant, je goûte au contraire un très grand silence. Juste des images qui me transpercent comme des couteaux. Mais c'est déjà la fin de la nouvelle, la sensation fugitive et douloureuse m'échappe aussitôt.

    "Les fruits du ginko" n'est pourtant pas ma nouvelle préférée de Miyzawa. Dans tout ce qu'il écrit, il y a des chocs, des passerelles mystiques. Je pense en particulier à "Train de nuit dans la voie lactée". J'ai pleuré en le lisant.
   
Par Etrangère
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Dimanche 22 octobre 2006
            

            est un prélude sur le mode mineur

              

 
(L'écume des jours, Boris Vian).
Par Etrangère
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