Mercredi 19 juillet 2006
Quand une fille totalement déconnectée veut écrire des choses qui n'intéressent personne, ça donne mon blog. Depuis un mois ou deux, je suis entrée dans une phase rigolote de ma vie, où j'ai envie de me concentrer sur des sensations banales du quotidien. Peut-être parce que j'ai enfin abandonné le désir de plaire aux autres (surtout à mes parents même si je suis disons heu... grande). Mon premier objectif, après tant d'années de stress, c'est de reprendre goût aux actes les plus élémentaires, comme manger des oeufs durs. Si si, vous allez comprendre. Ca commence comme ça :15h45. J'ai encore fait une sieste. Pourtant je ne suis pas déprimée. Il fait un peu froid, les quelques jours de fausse canicule m'ont trompée. Je frissonne dans mon gilet vert foncé en laine rigidifiée par les lessives. Je fais cuire deux oeufs durs, c'est peu calorifique. Et comme mon taux de cholestérol est satisfaisant, je peux en manger autant que je veux. J'ai même lu sur un site qu'il était faux que les oeufs augmentent le mauvais cholestérol.
Je ne sais pas depuis combien de temps l'eau bout. J'entends les oeufs qui s'entrechoquent dans les mini-tourbillons de la casserole bordeaux. Quand l'eau déborde et tombe sur la plaque, elle s'évapore avec un bruit effrayant : pssch... et cette vapeur qui monte très haut comme des volutes de fumée de cigarette. L'ensemble me fait penser à une source d'eau chaude au fin fond d'une forêt en Chine, devant l'antre d'un dragon. Surtout avec les mugissements variés de la machine à laver en fond sonore.
Goutôns à ce cru : j'ai passé les oeufs sous l'eau froide, une fissure sur la coquille de l'un d'entre eux m'indique qu'ils sont à point. Ils sont lourds et chauds. Je les cogne sur mon assiette en plastique à fleurs roses, d'abord au niveau des pôles, puis en descendant vers l'équateur. Etonnante résistance. La coquille couleur peau va-t-elle se détacher facilement ? Ca va. La petite peau blanche part elle aussi assez bien. Je me jette dessus et ça me brûle la langue et les doigts de la main gauche. Le jaune est un peu trop cuit, il se détache presque du blanc. Le premier oeuf est rapidement avalé, il me pèse sur le haut de l'estomac et j'ai le vague regret de ne pas avoir apprécié ce moment d'ingestion à sa juste valeur.
Rien n'est perdu : il me reste le deuxième oeuf. Cette fois-ci mon attention s'est focalisée sur le joli bruit de la coquille tombant sur l'assiette : un bruit enfantin, un bruit de dinette. Mes doigts me brûlent. Une petite vapeur discrète monte de l'oeuf blanc décortiqué, avec ses imperfections et ses cratères là où je n'ai pas été soigneuse. Trop de précipitation, comme d'habitude. Un peu de sel. C'est bon, sans être fameux.
Au final, et même en me concentrant, ce sont des oeufs décevants.
Je jette les coquilles pour que les petits morceaux ne s'incrustent pas dans l'assiette, et je mets cette dernière à tremper.
Quelle vie.
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