Mercredi 26 juillet 2006
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13:34
Que faire quand la canicule parisienne nous oblige à fermer les volets et que nous pensons aux bombes qui tombent sur Beyrouth ? Rien, nous ne faisons rien. Nous subissons. Après avoir écumé les sites journalistiques sur internet, je me résous à ne rien faire de la journée. Comme mes voisins du dessous, comme ceux d'en face, comme tous ceux qui vivent rue Championnet en se demandant si ça serait rentable d'installer la clim. Nous acceptons de ne rien faire, tous ensemble, un bâtonnet de glace vanille avec des éclats de cacao à la main.
Par Etrangère
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Lundi 24 juillet 2006
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20:09
113 rue Championnet : dans une rue qui reste tout-à-fait normale après le carrefour (les passants ne sont ni plus silencieux, ni plus solitaires, contrairement à ce que j'affirmais dans mon précédent article), j'arrive au "Site Championnet" de l'Université Paris IV. Sur les portes vitrées, des indications en noir : "Bibliothèque", "Amphi", contredisent ce qui saute pourtant aux yeux : j'entre dans la cour de récré d'une école primaire, avec ses grands platanes surgissant du béton, ses bancs en bois et ses peintures murales délavées représentant des êtres mi-hommes, mi-robots.
Un petit vent chaud déplace les tas de feuilles fanées, me rafraîchissant malgré tout au passage. Je traverse la cour d'un pas hésitant, et je pénètre dans la bibliothèque. Les bureaux à l'accueil sont vides, comme désertés à cause de la canicule. Seulement une ou deux personnes par salle dans cette bibliothèque semblable à tant d'autres : lino jaune tacheté de gris au sol, plafond blanc à caissons, étagères en métal vissées sur des panneaux en contreplaqué, ordinateurs à disposition toutes les deux rangées de table. Ca sent le neuf. La chaleur et le bourdonnement d'une perceuse me font mal à la tête.
J'adore. On est loin des bibliothèques hystériques du quartier latin. Peut-être qu'à la rentrée, des étudiants en DEUG viendront draguer en nombre, mais en plein été, les rares lecteurs sont parfaitement autonomes et silencieux. Une bonne adresse pour misanthropes.
Par Etrangère
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Lundi 24 juillet 2006
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13:08
Dernièrement, j'apprends que les arbres de ma rue sont des tilleuls. Cette fois-ci, j'ai eu une nouvelle révélation sur ma rue : au numéro 113, il y a une bibliothèque rattachée à la Sorbonne, et je n'en ai jamais rien su !
A ma décharge, j'ai rarement dû passer devant, puisque je prends toujours la rue Championnet dans l'autre sens. Et à chaque fois que mes pas, sans le savoir, se dirigeaient vers cette bibliothèque, ils étaient subtilement déviés vers la rue Ordener, attirés par le Monoprix.
Les rares fois où j'ai persisté dans la rue Championnet après l'embranchement, j'ai éprouvé une sensation d'inédit. ( Par exemple pour jeter un rapide coup d'oeil au stade, où je ne désespère pas de faire mon jogging un jour).
De ce côté-là de la rue Championnet, les passants m'ont l'air plus silencieux, plus solitaires. Est-ce qu'il n'y aurait pas moins de lumière, par-là ? Peut-être que les murs sont plus noirs parce qu'ils n'ont pas été ravalés. La rue descend lentement vers la station de métro Clignancourt, me faisant penser à l'expression : "l'étau se resserre". Puis l'espace explose en avenues dégagées et en lointains périphériques. Du moins c'est comme ça que je le vois. Je n'en ai qu'un souvenir de nuit.
Par Etrangère
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Vendredi 21 juillet 2006
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11:30
Cela fait longtemps que je m'interroge sur les arbres de ma rue. A la librairie du jardin des Tuileries, j'ai fait l'acquisition de deux livres qui ont changé ma vie : Quel est cet arbre, guide complet d'identification des arbres et des arbustes, sous la direction de Tavernier, et Petite encyclopédie du jardin, écrit par une mère et sa fille, Anita Péreire et Anne Péreire. Grâce au guide, je l'ai eu ma réponse : les arbres de ma rue sont des tilleuls, tout simplement, puisqu'ils ont des feuilles simples, dentées, alternes, en coeur à la base, munies d'une petite pointe à leur sommet, et qu'ils possèdents des fruits à coque dure aux ailes vertes, qui tapissent souvent le trottoir, tombant dans une pluie lente quand je passe, ce qui me laisse songeuse. Quand je veux le nom d'une fleur, je cherche plutôt dans la petite encyclopédie, où les plantes sont classées par ordre alphabétique, ce qui est assez fastidieux, puisqu'il faut compulser les fiches jusqu'à trouver la photo de la fleur que j'ai vue le jour même dans un parc ou un jardin. J'ai aussi lu avec délices la première partie du livre, consacrée au jardinage. J'aimerais tant aménager un jardin ou même une terrasse. Voyons petit : d'abord, une terrasse. Supposons que par des moyens licites (le loto), j'obtienne 500000 euros. Une petite larme à l'oeil, j'abandonnerais mon studio sous les toits, au sixième étage sans ascenseur, avec ses deux poutres apparentes en sapin non vernissé, ses recoins alambiqués et sa porte de placard qui manque sous le lavabo de la cuisine. Au-dessus de la planche en bois d'où pendent mes casseroles par des crochets en fer, deux plantes vertes représentent à elles seules le règne végétal : une sorte de palmier nain dont les feuilles ressemblent à des rubans fripés et une plante grimpante sans caractère. J'ai essayé de trouver leurs noms dans mes deux nouveaux livres, en vain. Elles sont tellement moches qu'elles n'entrent pas dans les catalogues ! Quand j'aurai mon appartement-terrasse à 500 000 euros, je noterai soigneusement le nom des plantes sur une étiquette, je suivrai à la lettre les indications de mon encyclopédie, je parlerai à mes fleurs. Voici comment j'envisage les choses. Une petite rue calme à Paris, rive gauche. Dans la cour, un érable du Japon décline toutes les nuances de rouge. Un ascenseur moderne, très silencieux, m'élève au quatrième étage. Deuxième porte à droite, j'entre dans mon nouvel appartement. Rien de spécial, juste standing. Je réserve mes rêves dix-huitièmistes pour mes cinquante ans. Mes aspirations actuelles se limitent à un parquet flottant et une baignoire dans ma salle de bains. Le grand séjour a une baie vitrée... qui donne sur la terrasse, évidemment. Celle-ci est vaste : 5 mètres sur 3, mais elle est recouverte par un carrelage blanc sans intérêt. J'ai vue sur la cour (l'érable du Japon me fait un clin d'oeil du haut de son feuillage rouge sang) et sur les toits de Paris, avec la tour Montparnasse à gauche, la tour Eiffel à droite, et un immense morceau de ciel au-dessus de ma tête, avec lequel je vais partager avec passion la moindre variation climatique. Que deviendront mes azalées et mes pois de senteur les soirs d'orage... C'est que je suis au dernier étage- oui, mon immeuble n'a que quatres étages, c'est ce qui lui donne cet air inoffensif et familier qui m'a séduite. Si vous voulez savoir comment je vais aménager ma terrasse, et connaître le détail de mes aventures jardinesques et sentimentales, rendez-vous au prochain épisode.
Par Etrangère
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Mercredi 19 juillet 2006
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20:51
Quand une fille totalement déconnectée veut écrire des choses qui n'intéressent personne, ça donne mon blog. Depuis un mois ou deux, je suis entrée dans une phase rigolote de ma vie, où j'ai envie de me concentrer sur des sensations banales du quotidien. Peut-être parce que j'ai enfin abandonné le désir de plaire aux autres (surtout à mes parents même si je suis disons heu... grande). Mon premier objectif, après tant d'années de stress, c'est de reprendre goût aux actes les plus élémentaires, comme manger des oeufs durs. Si si, vous allez comprendre. Ca commence comme ça : 15h45. J'ai encore fait une sieste. Pourtant je ne suis pas déprimée. Il fait un peu froid, les quelques jours de fausse canicule m'ont trompée. Je frissonne dans mon gilet vert foncé en laine rigidifiée par les lessives. Je fais cuire deux oeufs durs, c'est peu calorifique. Et comme mon taux de cholestérol est satisfaisant, je peux en manger autant que je veux. J'ai même lu sur un site qu'il était faux que les oeufs augmentent le mauvais cholestérol. Je ne sais pas depuis combien de temps l'eau bout. J'entends les oeufs qui s'entrechoquent dans les mini-tourbillons de la casserole bordeaux. Quand l'eau déborde et tombe sur la plaque, elle s'évapore avec un bruit effrayant : pssch... et cette vapeur qui monte très haut comme des volutes de fumée de cigarette. L'ensemble me fait penser à une source d'eau chaude au fin fond d'une forêt en Chine, devant l'antre d'un dragon. Surtout avec les mugissements variés de la machine à laver en fond sonore. Goutôns à ce cru : j'ai passé les oeufs sous l'eau froide, une fissure sur la coquille de l'un d'entre eux m'indique qu'ils sont à point. Ils sont lourds et chauds. Je les cogne sur mon assiette en plastique à fleurs roses, d'abord au niveau des pôles, puis en descendant vers l'équateur. Etonnante résistance. La coquille couleur peau va-t-elle se détacher facilement ? Ca va. La petite peau blanche part elle aussi assez bien. Je me jette dessus et ça me brûle la langue et les doigts de la main gauche. Le jaune est un peu trop cuit, il se détache presque du blanc. Le premier oeuf est rapidement avalé, il me pèse sur le haut de l'estomac et j'ai le vague regret de ne pas avoir apprécié ce moment d'ingestion à sa juste valeur. Rien n'est perdu : il me reste le deuxième oeuf. Cette fois-ci mon attention s'est focalisée sur le joli bruit de la coquille tombant sur l'assiette : un bruit enfantin, un bruit de dinette. Mes doigts me brûlent. Une petite vapeur discrète monte de l'oeuf blanc décortiqué, avec ses imperfections et ses cratères là où je n'ai pas été soigneuse. Trop de précipitation, comme d'habitude. Un peu de sel. C'est bon, sans être fameux. Au final, et même en me concentrant, ce sont des oeufs décevants. Je jette les coquilles pour que les petits morceaux ne s'incrustent pas dans l'assiette, et je mets cette dernière à tremper. Quelle vie.
Par Etrangère
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Publié dans : Vivre pour manger
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