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Réveil difficile



Le blog de mes sensations quotidiennes sans importance, mais bizarres quand on y réfléchit bien...

Depuis quelques temps, chroniques (fictives ! Non je ne prends pas de carottes hallucinogènes !) d'un lapin universitaire, Martin Lapinet, dans la catégorie "L'Université de botanique (un monde de lapins)"...

Ouverture des commentaires le lundi de 9h45 à 22h15 et le vendredi de 6h22 à 12h51
                                                                                                                      

Dimanche 8 avril 2007
hop,  post enlevé !
Par Etrangère - Publié dans : Questions
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Mardi 3 avril 2007
Samedi 7 mars

Benoît Silence est mort. Le commissaire Cancanet me l'a appris par téléphone. Il voulait savoir où était Martin. Je lui ai dit qu'il était au lit. Il en a déduit qu'il n'était pas mort. J'ai dit : oui. Enfin, non, il n'est pas mort, bref, vous me comprenez. Vous n'auriez pas un petit problème pour mener vos enquêtes ? Cancanet m'a répondu que c'était Martin qui avait un problème : "C'est le principal suspect, m'a-t-il expliqué. Vous ne lisez pas les journaux ? Les deux meurtres ont eu lieu dans des salles où il  était en rivalité avec d'autres profs pour donner cours." C'est débile, j'ai dit, on ne tue pas quelqu'un pour une histoire de salle. Il a répondu : "C'est une sale histoire".

Benoît Silence est mort. J'aimais bien son nom. Il m'avait vaguement draguée quand j'étais en licence de botanique. Il me regardait fixement quand je passais dans les couloirs. Mais il avait des dents de devant ridiculement courtes. Je n'y ai jamais beaucoup prêté attention, à ce lapin. Juste une légère sensation de pétales froissés quand je passais près de lui.

Sa mort me met face au fait accompli. On croise des gens dans la vie, et puis ce silence.

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Dimanche 25 mars 2007
Bon après-midi, le quotidien vespéral des lapins, titrait aujourd'hui, au grand dam des universitaires prenant leur thé dans des tasses en porcelaine :

"DEUXIEME MEURTRE A L'UNIVERSITE DE BOTANIQUE

    Alors que l'enquête sur le meurtre du professeur Salsifis, retrouvé sauvagement scalpé hier dans l'amphithéâtre Poil de Carotte, en est encore à ses premiers balbutiements, l'Université de Botanique est à nouveau amputée d'un de ses membres. En entrant en cours ce matin, salle B018, les étudiants ont en effet découvert, suspendu à une corde, le cadavre horrifique de leur maître-auxiliaire. Sur le bureau de ce dernier, on a aussi retrouvé, dans un panier en osier, des champignons de Paris et des lardons. Selon le secrétariat de l'Université, la victime serait soit Benoît Silence, qui préparait une thèse sur "Le potager dans la poésie du XVIème siècle", soit Martin Lapinet, dont le dernier livre, Les choux sont-ils à la mode ?, est classé n° 5 des ventes à la FNAC. "J'espère que ce n'est pas Lapinet, nous a confié une des étudiantes en colère du TD, j'aimerais qu'il m'explique pourquoi il ne m'a pas mis la moyenne à mon exposé". Moins terre-à-terre, un étudiant redoublant nous donne à chaud ses impressions : "Après ce qui s'est passé hier, on n'imaginait pas que le cauchemar allait recommencer. La découverte du corps, puis l'incertitude sur l'identité de la victime. Tout ça parce que les profs n'arrivent jamais à se mettre d'accord entre eux sur les salles où ils vont donner cours. Et quand je vois des élèves qui disent quel prof ils préfèreraient voir crever, moi je dis : c'est glauque."
    Malgré cette situation préoccupante, le directeur de l'Université refuse de fermer les locaux : "Nous ne cèderons pas à la panique et nous continuerons d'assurer les cours" a-t-il sobrement déclaré.
    Jusqu'à ce que mort s'ensuive ?
Espérons qu'il n'y aura pas de prochain épisode..."



Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Dimanche 18 mars 2007
- Pourquoi tu me regardes avec cet air effaré ? dit Martin en souriant.
Il était beau, la cravate un peu défaite.
- Tu m'as fais peur, je ne t'ai pas entendu rentrer, dit Marguerite en faisant légèrement reculer sa chaise.
Elle écarquillait les yeux, son petit cahier fermé devant elle.
- Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-il en remuant le museau, flairant le secret.
- Rien, rien... Tu es beau, ajouta-t-elle avec passion. Tu as de belles oreilles.
Martin rougit, cils baissés. Même les racines de ses moustaches brillèrent d'un feu discret.
- Ma douce, dit-il en la prenant dans ses bras - et ils s'embrassèrent  en fermant les yeux très très fort.
"Si je garde les yeux fermé pendant trente secondes, se dit Marguerite, ce n'est pas lui l'assassin." 





Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Vendredi 16 mars 2007

J'ai décidé de commencer ce journal intime car j'ai un mauvais pressentiment. A partir de maintenant, je vais noter tout ce qui me paraît bizarre. J'ai vu la tête de Martin tout-à-l'heure. Il rentrait de la morgue, les oreilles pendantes et l'air hagard. Il s'est étendu sur le canapé, puis il a dit, lentement : "CHANGER DE PEAU". Et il est ressorti prendre l'air.
Il n'est pas normal. Je le sens. C'est lié au meurtre à l'université. Mais il y a du bruit, je crois qu'il rentre. C'est lui !
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Mercredi 14 mars 2007
    -Lapinet ! s'écria un grand  dadet en redingote, en écartant les bras.
   - Painsec ! Que... que c'est bon de vous revoir, répondit Martin Lapinet en pénétrant dans la chambre froide, éclairée au néon.
    - Oui, heu... les circonstances... Ce pauvre Edmond Salsifis, un si honorable collègue... L'université perd un grand lapin.
Martin Lapinet prit un air de circonstance : "Un très grand lapin...". Tandis que Lapinet et Painsec regardaient leurs pieds,  la mine sombre et recueillie, le commissaire Cancanet se dirigea d'un pas décidé vers le Grand Réfrigérateur, où les corps des victimes étaient congelés dans des tiroirs tapissés de glaçons. Il examina les étiquettes des tiroirs et s'arrêta net devant celle qui indiquait, au stylo feutre noir : "Lapin dépouillé, date du décès : vendredi 6 mars 2007". Il tira sur la poignée, et l'on vit apparaître, sur un lit de glace, le corps de la victime.
      C'était une viande lisse, rouge, à peine blanchie par le froid, traversée de veines bleuâtres et recouverte par endroits d'une fine couche de gras. Les muscles saillaient comme sur une planche anatomique. La tête bizarrement maigre du lapin dépouillé était sans regard : les yeux n'étaient plus que des trous, la bouche une machoîre aux longues dents effrayantes. Une légère vapeur autour du corps trahissait la différence de température dûe à la congélation.
    Seul vestige de la peau du lapin : quelques poils aux pattes arrières, qui rappelaient l'élégante doublure en fourrure des manches d'un  manteau chic pour dame, et le pompon de la queue.
    - Du travail de professionnel, commenta Cancanet de sa voix nasillarde. L'assassin a suspendu la victime par les deux membres postérieurs, et a fait une entaille entre les pattes sans atteindre le milieu du ventre ; puis il a retourné la peau, comme un gant - classique. Le dernier cas remonte à Jack le dépouilleur.
    - Qu'attendez-vous de nous ? demanda Painsec d'une voix blême.
       - Salsifis avait de très mauvais rapports avec sa famille, et il était détesté par les autres professeurs de l'Université de botanique.
       - N'exagérons rien... , protesta Lapinet. Ses travaux n'ont pas révolutionné la botanique, mais nous ne sommes pas des monstres et...
       - Bref, coupa Cancanet, nous n'avons trouvé personne d'assez proche de lui pour l'identifier. Est-ce que la corpulence du cadavre vous paraît correspondre ?
Lapinet et Painsec examinèrent à nouveau le cadavre, puis Painsec s'adressa à Lapinet :
"Je pense que ça doit coller, c'est vrai qu'il avait à peu près votre taille, Martin...".
Martin Lapinet, un peu mal à l'aise, confirma : "C'est certainement Edmond Salsifis".
    - De toutes les manières, dit le commissaire, le médecin légiste revient dans une semaine. Il a un bras dans le plâtre, le pauvre- accident de ski. Heureusement que nous avons ce système de réfrigération,  il pourra faire l'autopsie à son retour. L'important, pour que la viande ne se gâte pas, c'est de conserver la chaîne du froid.



Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Mardi 6 mars 2007
    Le ciel est bas, plissé de nuages.
- Tiens, il va pleuvoir, dit Martin Lapinet en tendant un doigt mouillé dans l'air.
Le long de l'étang, les mimosas frissonnent mais des rayons de soleil, çà et là, font flamboyer brièvement des fleurs de moutarde sauvage, sur le tapis d'herbe tendre.
"C'est ennuyeux, quand même, se dit-il. Une si belle journée venteuse... J'aurais pu lire tranquillement un roman, sur une terrasse couverte, au bord de l'eau, à regarder la pluie rebondir sur l'étang. Au lieu de quoi je vais me farcir une visite à la boucherie communale !".
    C'est ainsi qu'on appelle la morgue, chez les lapins.

    "Martin Lapinet, je présume ? lui demande un lapin à la voix nasillarde quand il entre dans la morgue, un terrier terne et silencieux.
- C'est exact, dit Martin Lapinet en enlevant son béret.
Il a reconnu la voix de canard du téléphone. Le lapin est exactement comme il l'imaginait, avec un imperméable gris requin et des cernes sous les yeux.
- Je suis le commissaire Cancanet, lui dit-il sèchement. Suivez-moi, je vous prie.

Ils prennent de longs couloirs oppressants, montent, descendent, tournent dans les galeries. Puis le commissaire Cancanet s'arrête net devant une porte en chêne vermoulue. Il tourne la poignée, fait grincer les gonds de la porte...
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Vendredi 2 mars 2007
 Alors que Martin et Marguerite relisaient ensemble l'article de journal (voir post précédent), en se serrant l'un contre l'autre, les moustaches frémissantes d'angoisse, le téléphone sonna.
- Martin Lapinet ? demanda une voix nasillarde.
- C'est lui-même.
- Ah, vous n'êtes pas mort, alors.
Martin ne sut que répondre, tandis que s'enclenchait dans son cerveau un monologue embrouillé : "Mais si, je suis peut-être mort, après tout... La question se pose, justement ! Il a raison, ce lapin à la voix de canard...".
- Monsieur Lapinet ? reprit son interlocuteur. Vous m'entendez ?
- Euh oui, excusez-moi, vous disiez ?
- Rejoignez-moi dans une demie-heure à la morgue, près de l'étang. Si vous n'êtes pas mort, c'est donc le professeur Salsifis qui doit être la victime. Il faut que vous voyiez ça. Vous l'avez échappé belle, mon vieux.
- Mais Alfred Painsec aussi devait donner cours amphi Poil de Carotte... Il va bien ?
- Le professeur Painsec est avec moi. On vous attend.
Le lapin à l'autre bout du fil raccrocha. Martin, hébété, continua d'écouter un moment les "tût... tût..." envoûtants de son téléphone.
- Ma chérie ! dit-il en se tournant enfin vers Marguerite.
- Tu dois y aller ? demanda-t-elle d'une voix douce.
- Oui, ne t'inquiète pas, je suis vivant, tu vois.
- Oui, tu es vivant.
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Vendredi 23 février 2007

Voici ce qu'on pouvait lire aujourd'hui à la Une de Bon après-midi, le quotidien vespéral des lapins :

 

"MEURTRE A L'UNIVERSITE DE BOTANIQUE.

 

Ce matin, les étudiants de botanique ont fait une bien macabre découverte en arrivant en cours. Au milieu de l'amphithéâtre Poil de Carotte, était suspendu par une corde, au-dessus du bureau du professeur, la dépouille scalpée d'un lapin. Sur le bureau, on a retrouvé cette signature énigmatique : un panier en osier contenant quelques légumes et un pot de crème fraîche. L'assassin voulait-il faire passer un message ? Quoi qu'il en soit, la victime, dont la peau n'a pas encore été retrouvée, n'est pas formellement identifiée. Selon toutes apparences, elle ferait partie du corps professoral. Pour des raisons de cafouillage dans l'emploi du temps, le secrétariat de l'Université envisage plusieurs possibilités. En effet, deux professeurs et un maître-auxiliaire luttaient pour obtenir l'amphithéâtre Poil de carotte le vendredi matin. Le plus tenace y aura, hélas, laissé sa peau..."

 

"Mais... commença Marguerite d'une voix blanche. Elle leva les yeux du journal et dit à Martin, tremblante : "Ce matin... l'amphithéâtre Poil de carotte... Tu essayais d'obtenir cette salle... Le maître-auxiliaire dont ils parlent, c'est toi !".

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Jeudi 15 février 2007

   Ce matin, Martin Lapinet sent des vibrations négatives dans son terrier. Marguerite, sa copine, est allée cueillir des violettes pour le petit-déjeuner. Dans le silence de cette solitude inopinée, il réfléchit. Ses pensées, en les arrangeant un peu parce qu'elles partent dans tous les sens, comme les branches d'un pommier, ressemblent à ça :

   "Je sais que la plupart des gens me détestent. Tiens, il y a un beau rayon de soleil qui passe dans le terrier. Zut, une fourmi dans ma tasse de thé. Il faudra que je passe l'aspirateur. Oui. Les gens me détestent. Et je les déteste aussi. Et c'est bien ainsi. Les lapins ne sont que faussement sociables. On les dit prolifiques. Mais après la naissance, les lapinets sont délaissés par leurs parents. Eux-mêmes ont ensuite des enfants, qu'ils délaissent aussi sec. C'est comme ça. C'est le cercle de la prolifération.

    Depuis que j'ai dit à un colloque sur les engrais non dégradables que Marguerite était une tache, tout le monde me critique. Dans les journaux, dans les blogs. Je suis devenu célèbre rien que pour ça. Parce que je suis un gros macho de lapineau. Et c'est tant mieux. Parce que je ne vaux pas grand-chose. Parce que Marguerite est une déesse et que je profite d'elle. Je lui gâche la vie. Je lui pompe son air, son énergie, sa beauté. Mais elle est d'accord. C'est l'amour.

   A quoi cela sert-il de vivre. Mentir. Donner le change. Faire des conférences sur la manière de planter les choux. Je ne peux pas m'empêcher de haïr, de détruire les plantations de maïs qui ne m'appartiennent pas. Marguerite, c'est la plus belle plantation de maïs que j'aie jamais vu. Si je n'avais pas cet horrible caractère de lapin dévoreur de maïs..."

   Mais Marguerite est revenue avec un bouquet de violettes. Elle les a fait cuire à la vapeur dans un couscoussier, et les joliment dressées en salade. Marguerite et Martin les ont mangé goulûment, noyant leurs querelles dans la douceur de l'instant, la fraîcheur du terrier,la beauté du printemps.

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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