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Réveil difficile



Le blog de mes sensations quotidiennes sans importance, mais bizarres quand on y réfléchit bien...

Depuis quelques temps, chroniques (fictives ! Non je ne prends pas de carottes hallucinogènes !) d'un lapin universitaire, Martin Lapinet, dans la catégorie "L'Université de botanique (un monde de lapins)"...

Ouverture des commentaires le lundi de 9h45 à 22h15 et le vendredi de 6h22 à 12h51
                                                                                                                      

Vendredi 25 mai 2007
Dès que Marguerite arriva sur le pont, le lapin se précipita vers elle :
- Mademoiselle Marguerite Frisson ? lui dit-il de sa voix enrouée, je suis le détective Ali Newman, pour vous servir... Merci d'être venue à notre rendez-vous...
- Heu..., dit Marguerite.
Elle l'observa avec curiosité, sans se rendre compte que ce n'est pas très poli.
Il avait des lunettes noires, une écharpe blanche nouée autour de sa mâchoire et de ses oreilles, et un appareil dentaire moyenâgeux qui emprisonnait son menton dans un système compliqué de mailles de fer et de boulons.
- Je sais, c'est un peu effrayant, murmura Ali Newman (il soufflait plus qu'il ne parlait), je suis dans la phase finale d'un remaniement complet de ma dentition.
- Mais elles ont l'air très bien, vos dents, dit Marguerite en se penchant pour voir sa bouche de plus près, les dents de devant sont bien longues !
- Comme je vous disais, c'est la phase finale, mon dentiste va m'enlever mon appareil le mois prochain. Mais j'ai enduré plusieurs années de souffrances...
- J'imagine, dit Marguerite avec compassion.
- Oui, surtout sur le plan sentimental...
- Heu..., redit Marguerite.



Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 20 mai 2007
Marguerite eut du mal à convaincre Béatrix qu'elle devait partir sans même déjeuner, mais elle prit des samossas aux oignons rouges pour la route.
Son coeur se serrait au fur et à mesure qu'elle approchait du fleuve, par petites secousses électriques. En tournant après une allée de vieux rosiers, elle vit apparaître le Pont des Artichauts. La silhouette immobile d'un lapin se dressait, solitaire, au milieu du pont. Une légère brume couvrait les eaux, dont s'échappa un héron prenant son envol.



Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 8 mai 2007
    Je suis chez les Smith, le terrier est encore silencieux, embué dans le sommeil. Je regarde l'horloge : 14H35 ! J'ai dormi tout ce temps ! Quel silence pourtant. A peine quelques cris d'oiseau amortis par la terre, et il fait si sombre. C'est parce qu'il n'y a pas de fenêtre. Il pourrait tout autant faire nuit. La chambre est sans papier peint. J'aime bien le granulé terreux des murs. Le mobilier aussi est rustique, entièrement en jonc tressé.
    Beatrix et Edward ont dû faire attention à ne pas faire de bruit, pour ne pas me réveiller. Ils pensent que je suis effondrée.
    Non je ne pleure pas, ce n'est pas Martin qui est mort. Il avait tout prévu. Il ne m'a pas laissé une lettre d'adieu pour rien. Je la relis à la lumière tamisée de la lampe de chevet. Je me  répète le numéro de téléphone du détective Newman, qu'il me demande d'appeler : 333 22. Facile. 333 22. Est-ce que j'ai mon portable avec moi ? Oui. Ouf. J'arrête d'écrire deux minutes pour l'appeler...

    Ca y est, j'ai eu Newman au téléphone. Bizarre ce lapin.
- Ali Newman, j'écoute..., m'a-t-il murmuré d'une voix enrouée et sifflante.
- Bonjour... C'est Marguerite... Je suis... Je suis Marguerite Frisson, mon ami Martin Lapinet m'a dit de vous appeler en cas de problème.
- Je vois parfaitement de quel problème il s'agit, Mademoiselle, vous recherchez son assassin ?
- Non ! Non, je le recherche lui, je crois... qu'il est vivant.
- Vous croyez cela ? a-t-il repris de sa voix enrouée. Intéressant...  Vous m'avez l'air d'une lapine très décidée, c'est bien.
- Je vous remercie.
- J'ai lu les journaux, comme tout le monde. Quelle affaire abominable. Mais vous gardez votre sang-froid... Vous avez donc vu le lapin dépouillé ?
- Oui, mais il était entouré de bandelettes, j'imagine que c'est moins effrayant que de le voir tout nu, enfin je veux dire...
- Je vois ce que vous voulez dire. Le meurtrier a eu la galanterie de ne pas vous imposer la mort toute crue.
- C'était en effet délicat de sa part... Mais j'ai l'image de cette momie qui me revient tout le temps devant les yeux. Avec le râteau de Martin à la main.
- Vous avez peur ?
- J'ai eu peur quand je l'ai vu, j'ai crié comme une folle. Mais maintenant, non. C'est plutôt comme une question lancinante qui revient, qui attend une réponse.
- Nous trouverons la réponse à cette question, m'a-t-il promis dans un murmure.

Il y avait comme du désespoir dans sa promesse. Nous nous sommes donné rendez-vous sur le Pont des Artichauts, dans une heure.


   

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 5 mai 2007
Bon après-midi, le quotidien vespéral des lapins, titrait ce lundi 9 mars :

L'ASSASSIN FRAPPE AUSSI LE DIMANCHE

    Contre toute attente, alors que l'Université de botanique était fermée, le Dépouilleur a encore frappé hier, s'attaquant cette fois-ci au maître-auxiliaire  Martin Lapinet. La police, dont l'efficacité a été mise en cause ces derniers jours, s'est déployée ce matin dans le campus, et soumet personnel et étudiants à des interrogatoires poussés.
   "Ce troisième meurtre nous a beaucoup surpris, s'est défendu le commissaire Cancanet, car contrairement à ceux du professeur Edmond Salsifis et du thésard Benoît Silence, il a été perpétré au domicile de la victime, et non dans les locaux de l'Université. De plus, comment pouvions-nous deviner que le Dépouilleur travaille aussi les jours non-ouvrables ?"a-t-il ironisé.
    Le commissaire a ensuite souligné la différence de mise en scène entre ce meurtre et les précédents. Les cadavres dépouillés de Salsifis et Silence ont tous deux été retrouvés dans une salle de classe (respectivement dans l'amphithéâtre Poil de Carotte et la salle B018), suspendus à une corde, accompagnés de ce qui semblait être la signature énigmatique de l'assassin :  un panier en osier contenant des légumes et un pot de crème fraîche pour Salsifis, et des champignons et des lardons pour Silence. Mais le cas du meurtre de Martin Lapinet  relève d'une autre esthétique : au moment de sa découverte, le cadavre, bien que dépouillé lui aussi de sa peau,  était enrobé de bandelettes blanches, tel une momie assise sur le canapé du salon, un râteau à la main. Deux visions différentes de la mort, aussi effroyable l'une que l'autre.
    S'agit-il malgré tout du même meurtrier ? "C'est le plus vraisemblable, nous a répondu le commissaire Cancanet, puisque Martin Lapinet était le collègue des deux autres victimes. Le Dépouilleur s'amuse à faire varier le spectacle de la mort. Et ça marche !"

    Pendant que l'enquête suit son cours, l'Université cherche des remplaçants pour le professeur et les deux chargés de TD manquants. En vain : le prestige de la botanique vaut-il vraiment qu'on y laisse sa peau ?

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Vendredi 27 avril 2007
Il fut décidé sans difficulté que Marguerite ne dormirait pas chez elle cette nuit. Le commissaire Cancanet la raccompagna chez ses voisins Edward et Beatrix Smith, qui les attendaient anxieusement, sur le pas de la porte.
Marguerite alla s'étendre dans l'une des dix chambres du terrier (les Smith avaient eu de nombreuses portées, mais les enfants avaient grandi et étaient tous établi dans la bonne société de la prairie, le ciel soit loué).
- Veillez bien sur elle, dit Cancanet, elle n'a pas l'air de comprendre ce qui est arrivé.
- La pauvre lapine continue de croire que son Martin n'est pas mort..., murmura Beatrix, un sanglot dans la voix. Commissaire, trouvez-nous vite l'assassin !
- Je ne suis pas magicien, chère Madame, se rebiffa Cancanet.
Edward Smith, les mains croisées sur sa bedaine, fit résonner sa voix de baryton, à la prononciation lente et prudente :
- Le commissaire fait ce qu'il peut, ma mie... Dans la plupart des prairies, la... police est brutale et ... inefficace. Chez nous, au moins, elle n'est pas... brutale...
- Mais seulement inefficace ! continua Cancanet avec humeur, de sa voix vive et nasillarde, qui contrastait avec la lenteur bovine de Smith.
- Je n'ai pas dit...cela..., répondit Edward, toujours prudent avec les mots.
- Bon, ne nous énervons pas, bien le bonsoir ! coupa Cancanet en faisant un geste de la main.
Pressé d'en finir, il les laissa en plan et s'évanouit dans la nature.

Les Smith restèrent perplexes sur le palier, à regarder les herbes hautes à perte de vue, lissées par le vent comme par un peigne essayant plusieurs coiffures. Les coquelicots brillaient d'un éclat presque innocent.
"Il y a quelque chose de ... pourri dans la prairie", dit lentement Monsieur Smith.


Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Lundi 23 avril 2007
Le terrier est investi de lapins en uniforme. Des voitures de police sont garées devant la porte. Un bandeau jaune et noir coupe le sentier : zone sinistrée.
Le vent gémit des secrets tourbillonnants dans la prairie frémissante, Marguerite l'écoute, prostrée sur une chaise longue devant la fenêtre.
- Essayez de vous rappeler... lui dit le commissaire Cancanet.
- Je n'ai rien à ajouter. Je suis rentrée avec les beignets de fenouil, j'ai ouvert la porte, et j'ai vu... cette chose... cette momie... assise sur le canapé...  avec le râteau de Martin à la main...

Elle n'avait pas compris tout de suite. Cela devait être une blague. Une fausse momie, un faux lapin recouvert de bandelettes. Puis elle avait senti l'odeur de la mort. Un léger début de puanteur, comme une poubelle cuisant sous le soleil. En face d'elle, sur le canapé, était assise la Mort elle-même, recouverte de bandelettes blanches, les longues oreilles dressées, le râteau à la main.

Elle avait hurlé, avait couru chez les voisins, Monsieur et Madame Smith. Ils s'étaient occupés de tout. Avaient appelé la police. Lui avait lentement expliqué qu'elle venait de voir un lapin mort, dépouillé de sa peau comme les victimes de l'université, puis recouvert de bandes de crêpe de coton. Les policiers avaient retiré le corps du terrier et le commissaire Cancanet lui avait demandé de revenir avec lui sur les lieux du crime. Elle lui avait détaillé chaque instant de sa matinée, comment Martin s'était levé  à l'aurore, comment elle l'avait regardé faire des sillons rageurs près des salades. Où était-il à présent ? Qui était ce lapin mort et ridiculement habillé de bandelettes, trouvé au beau milieu  de son salon ?

- Tout porte à croire qu'il s'agit de Martin lui-même, lui dit Cancanet d'une voix douce.
-Ce n'est pas Martin, dit Marguerite avec froideur. Je l'aurais reconnu.

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Samedi 21 avril 2007
(...)
Je supprime ce post, pas la peine d'enfoncer le couteau dans la plaie.
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Samedi 21 avril 2007
Dimanche 8 mars

Martin est rentré tard hier soir : vers deux-trois heures du mat. Je lui ai gratté le dos des oreilles dans un demi-sommeil puis j'ai à nouveau sombré. A potron-minet, j'ai ouvert un oeil et je l'ai vu guetter les rayons rosés du jour entre les interstices des volets. Il s'est levé sur la pointe des coussinets pour ne pas me réveiller, puis j'ai entendu le grincement caractéristique de la porte de la cuisine. C'est une jolie porte en bois ajourée, peinte en bleu ciel, qui donne sur le potager.
Je me suis dit : "C'est mauvais signe : Martin jardine." Quand il est très énervé, il arrose, dépote, rempote et sème avec rage.

Je suis allée le regarder en cachette par la fenêtre ronde de la cuisine. Il râtissait la terre fraîche. Il avait son air concentré : les sourcils froncés et le museau boudeur. Il a fait des sillons rigoureusement parallèles près de la plantation de salades. Je me suis dit : il est quand même bizarre, mon choux de bruxelles chéri.

Je suis retournée me coucher et j'ai vu une enveloppe sur la table de nuit. "Pour Marguerite". Un mot d'amour de Martin ? J'ouvre :
"Marguerite, promets-moi d'être forte. Le danger est imminent. Je ne pourrais pas y échapper. Je ne fais pas confiance à la police, Cancanet est bien gentil mais c'est un mou. Si quelque chose m'arrive, appelle le détective Newman, il pourra t'aider. Voici son numéro : 333 22. Je t'aime, Martin."

Il a vraiment pété un plomb, mon lapineau. Je vais lui acheter des beignets de fenouil frais. Pour le petit-déjeuner, avec un bon jus de citrouille, y'a que ça d'vrai.

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Vendredi 20 avril 2007
Suite à un trop grand nombre de connections, le serveur de l'Université de botanique est en panne. Nous vous prions de vous reconnecter ultérieurement, et vous rappelons que l'Université ne dispose pas de vidéo du dépouilleur.
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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Lundi 9 avril 2007
    Martin Lapinet et le commissaire Cancanet boivent une grenadine en terrasse. L'étang turquoise, en contrebas, est strillé par le vent. De temps à autre, le regard de Martin est attiré par une zébrure sombre entre les nénuphars : une carpe, peut-être ?
    Le commissaire Cancanet lui parle de sa voix nasillarde, gentiment, comme à un enfant.
- Vous comprenez, Lapinet, la situation est difficile, difficile... Le meurtre de Salsifis, puis Benoît Silence aujourd'hui... J'ai du mal à croire que vous soyiez capable d'une telle... sauvagerie.
- Mais... c'est faux, dit Martin faiblement.
Martin n'a pas tellement envie de parler. Il se sent attiré par l'étang. Son odeur de vase et de larves de mouches. Il imagine le repos que ce serait, de se décomposer lentement dans l'eau, avec ce goût de liqueur d'herbes refluant dans la bouche. Un lapin mort dans l'étang, pattes immobiles.
Il parvient à articuler :
- Je suis en danger. Il veut ma peau.
- Qui donc, mon cher ?
- Le dépouilleur. C'est moi qu'il cherche, essayez de comprendre... Salsifis s'est fait zigouillé dans l'amphi Poil de Carotte, où j'aurais dû donner cours si Salsifis ne m'avait pas menacé de me retirer mon TD l'an prochain. Pareil pour Silence : on a échangé nos heures de TD à la dernière minute, mais personne n'était au courant, pas même les élèves.
- Pourquoi cet échange ?
- Il voulait partir lundi à la montagne, voir sa mère-grand.
- Vous m'intéressez, Lapinet, dit Cancanet d'un air profond. Continuez.
- Je suis la prochaine victime, c'est évident, dit Lapinet en essayant de garder son calme. Lundi matin, salle F11. Il ne va pas me rater, cette fois.
- Ecoutez, Lapinet, dit Cancanet en plissant les yeux, appelez-moi lundi avant de partir, je vous escorterai avec deux de mes lapins. Mais détendez-vous et finissez votre grenadine. Si ce que vous dîtes est vrai, vous avez un jour de sursis : le dimanche, il n'y a pas cours !
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins)
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