En vacances jusqu'au 3 août, je vous souhaite un chouette mois de juillet et à bientôt !
Par Etrangère
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Salut les rats du net,
En ce jour venteux, je serai curieuse de savoir si vous allez quitter le navire. Quand l'orage menace, quand la peur vous noue les boyaux et fait de vous de pauvres rats
glissant d'un côté et de l'autre selon les vagues, quand vos moustaches éclaboussées refroidissent piteusement votre museau pointu, moi je dis : alors, rats, cessez de trembler comme de la gelée
de rhubarbe ! Un peu de courage, rats !
Personnellement, j'aime les rats qui ont du toupet. Je ne fais pas cette stupide distinction entre rats des champs et rats des villes. Que nenni. Il y a ceux qui ont du toupet,
et ceux qui n'en ont pas. Il y a ceux qui quittent le navire, et ceux qui gardent le cap, contre vents et marées.
En tant que rate, à quoi est-ce que je ressemble ? A une rate qui manque de toupet, disons-le tout de go. Je vois la tornade s'avancer vers moi, et quelle est la couleur de mon
teint ? Un teint verdâtre, pâlissant, bien loin du gris profond et argenté d'un pelage digne de ce nom.
Je lance un appel à la force du Rat. La force internationale des rats qui ont du toupet. La force spirituelle du Rat, cet animal tenace, intelligent, méticuleux, concentré, drôle,
vindicatif et puissant.
Merci, Rat, pour ton soutien et la douceur de tes oreilles, si promptes à recueillir ce chant d'angoisse, proféré un lundi dans des eaux troubles et menaçantes.
Par Etrangère
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Chacun repartit de son côté. Marguerite regagna son terrier, Ali voulut respirer l'air de la campagne.
"Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance
est violente"
récita-t-il du bout des lèvres en cueillant des primevères.
Ils baignaient tous deux, à distance, dans la même lumière jaune citron, une lumière qui applatit tout, les gens, les paroles, transformés en vague brume autour de ce coeur
jaune du sentiment.
Marguerite Frisson et Ali Newman marchèrent longtemps sur le Pont des Artichaux. Ils parlèrent de la difficulté d'être un lapin, surtout en ces temps de
dépouillage en série. Marguerite, séduite, engagea Ali pour rechercher Martin. Mais Ali lui fit part de ses premières intuitions : selon lui, il fallait subordonner la quête de son compagnon
disparu à l'élucidation des meurtres survenus à l'Université de Botanique : c'était forcément lié.
Ils s'assirent sur un banc au milieu du pont et le détective fit remarquer à Marguerite que les artichauts étaient particulièrement beaux cette année. Marguerite en cueilla
un spécimen remarquable dans la jardinière près du banc. Ils l'effeuillèrent ensemble et dégustèrent ses pétales craquants un à un. Malgré son appareil dentaire daté, Ali rongeait avec
classe.
Marguerite se rappela qu'elle avait aussi des samossas aux oignons rouges dans son sac, elle ouvrit la bouche pour en proposer à Ali...
- Oui ? demanda-t-il de sa voix murmurante.
- Je ne sais plus ce que je voulais dire ! mentit-elle gaiement, car elle s'était faite la remarque que les oignons n'étaient pas indiqués pour l'haleine. (Mais pourquoi je
m'inquiète de mon haleine ? se demanda-t-elle furtivement, heureusement ce n'était qu'une pensée rapide qui s'endormit au rayon des scrupules poussifs).
Elle commençait à s'habituer à ce détective mystérieux : sa voix inaudible, ses lunettes noires, son museau barré par l'appareil dentaire, son écharpe jusqu'aux oreilles lui
paraissaient déjà familiers. C'est comme un personnage de série télévisée, se dit-elle. J'ai l'impression de l'avoir toujours connu.
Un petit mot doux
Car mes stats descendent
Qu'on me pourfende
Si je ne pense à vous
Chers visiteurs du soir
Ou du matin ; lectrices du dimanche,
Chevaliers de la Manche,
Vous n'êtes pas des poires
A venir sans espoir
Errer dans les recoins
De ce monde de lapins
Le fin mot de l'histoire ?
Si vous êtes bien sages,
J'en retrouverai les pages
Dans un tiroir
Par Etrangère
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Dès que Marguerite arriva sur le pont, le lapin se précipita vers elle :
- Mademoiselle Marguerite Frisson ? lui dit-il de sa voix enrouée, je suis le détective Ali Newman, pour vous servir... Merci d'être venue à notre rendez-vous...
- Heu..., dit Marguerite.
Elle l'observa avec curiosité, sans se rendre compte que ce n'est pas très poli.
Il avait des lunettes noires, une écharpe blanche nouée autour de sa mâchoire et de ses oreilles, et un appareil dentaire moyenâgeux qui emprisonnait son menton dans un système compliqué de
mailles de fer et de boulons.
- Je sais, c'est un peu effrayant, murmura Ali Newman (il soufflait plus qu'il ne parlait), je suis dans la phase finale d'un remaniement complet de ma dentition.
- Mais elles ont l'air très bien, vos dents, dit Marguerite en se penchant pour voir sa bouche de plus près, les dents de devant sont bien longues !
- Comme je vous disais, c'est la phase finale, mon dentiste va m'enlever mon appareil le mois prochain. Mais j'ai enduré plusieurs années de souffrances...
- J'imagine, dit Marguerite avec compassion.
- Oui, surtout sur le plan sentimental...
- Heu..., redit Marguerite.
Marguerite eut du mal à convaincre Béatrix qu'elle devait partir sans même déjeuner, mais elle prit des samossas aux oignons rouges pour la route.
Son coeur se serrait au fur et à mesure qu'elle approchait du fleuve, par petites secousses électriques. En tournant après une allée de vieux rosiers, elle vit apparaître le Pont des Artichauts.
La silhouette immobile d'un lapin se dressait, solitaire, au milieu du pont. Une légère brume couvrait les eaux, dont s'échappa un héron prenant son envol.
Je suis chez les Smith, le terrier est encore silencieux, embué dans le sommeil. Je regarde l'horloge : 14H35 ! J'ai dormi tout ce temps ! Quel silence pourtant. A peine quelques cris d'oiseau amortis par la terre, et il fait si sombre. C'est parce qu'il n'y a pas de fenêtre. Il pourrait tout autant faire nuit.
La chambre est sans papier peint. J'aime bien le granulé terreux des murs. Le mobilier aussi est rustique, entièrement en jonc tressé.
Beatrix et Edward ont dû faire attention à ne pas faire de bruit, pour ne pas me réveiller. Ils pensent que je suis effondrée.
Non je ne pleure pas, ce n'est pas Martin qui est mort. Il avait tout prévu. Il ne m'a pas laissé une lettre d'adieu pour rien. Je la relis à la lumière tamisée de la lampe de
chevet. Je me répète le numéro de téléphone du détective Newman, qu'il me demande d'appeler : 333 22. Facile. 333 22. Est-ce que j'ai mon portable avec moi ? Oui. Ouf. J'arrête d'écrire
deux minutes pour l'appeler...
Ca y est, j'ai eu Newman au téléphone. Bizarre ce lapin.
- Ali Newman, j'écoute..., m'a-t-il murmuré d'une voix enrouée et sifflante.
- Bonjour... C'est Marguerite... Je suis... Je suis Marguerite Frisson, mon ami Martin Lapinet m'a dit de vous appeler en cas de problème.
- Je vois parfaitement de quel problème il s'agit, Mademoiselle, vous recherchez son assassin ?
- Non ! Non, je le recherche lui, je crois... qu'il est vivant.
- Vous croyez cela ? a-t-il repris de sa voix enrouée. Intéressant... Vous m'avez l'air d'une lapine très décidée, c'est bien.
- Je vous remercie.
- J'ai lu les journaux, comme tout le monde. Quelle affaire abominable. Mais vous gardez votre sang-froid... Vous avez donc vu le lapin dépouillé ?
- Oui, mais il était entouré de bandelettes, j'imagine que c'est moins effrayant que de le voir tout nu, enfin je veux dire...
- Je vois ce que vous voulez dire. Le meurtrier a eu la galanterie de ne pas vous imposer la mort toute crue.
- C'était en effet délicat de sa part... Mais j'ai l'image de cette momie qui me revient tout le temps devant les yeux. Avec le râteau de Martin à la main.
- Vous avez peur ?
- J'ai eu peur quand je l'ai vu, j'ai crié comme une folle. Mais maintenant, non. C'est plutôt comme une question lancinante qui revient, qui attend une réponse.
- Nous trouverons la réponse à cette question, m'a-t-il promis dans un murmure.
Il y avait comme du désespoir dans sa promesse. Nous nous sommes donné rendez-vous sur le Pont des Artichauts, dans une heure.
Bon après-midi, le quotidien vespéral des lapins, titrait ce lundi 9 mars :
L'ASSASSIN FRAPPE AUSSI LE DIMANCHE
Contre toute attente, alors que l'Université de botanique était fermée, le Dépouilleur a encore frappé hier, s'attaquant cette
fois-ci au maître-auxiliaire Martin Lapinet. La police, dont l'efficacité a été mise en cause ces derniers jours, s'est déployée ce matin dans le campus, et soumet personnel et étudiants à
des interrogatoires poussés.
"Ce troisième meurtre nous a beaucoup surpris, s'est défendu le commissaire Cancanet, car contrairement à ceux du professeur Edmond Salsifis et du thésard Benoît Silence, il a été
perpétré au domicile de la victime, et non dans les locaux de l'Université. De plus, comment pouvions-nous deviner que le Dépouilleur travaille aussi les jours non-ouvrables ?"a-t-il ironisé.
Le commissaire a ensuite souligné la différence de mise en scène entre ce meurtre et les précédents. Les cadavres dépouillés de Salsifis et Silence ont tous deux été retrouvés
dans une salle de classe (respectivement dans l'amphithéâtre Poil de Carotte et la salle B018), suspendus à une corde, accompagnés de ce qui semblait être la signature énigmatique de l'assassin
: un panier en osier contenant des légumes et un pot de crème fraîche pour Salsifis, et des champignons et des lardons pour Silence. Mais le cas du meurtre de Martin Lapinet relève
d'une autre esthétique : au moment de sa découverte, le cadavre, bien que dépouillé lui aussi de sa peau, était enrobé de bandelettes blanches, tel une momie assise sur le canapé du salon,
un râteau à la main. Deux visions différentes de la mort, aussi effroyable l'une que l'autre.
S'agit-il malgré tout du même meurtrier ? "C'est le plus vraisemblable, nous a répondu le commissaire Cancanet, puisque Martin Lapinet était le collègue des deux autres
victimes. Le Dépouilleur s'amuse à faire varier le spectacle de la mort. Et ça marche !"
Pendant que l'enquête suit son cours, l'Université cherche des remplaçants pour le professeur et les deux chargés de TD manquants. En vain : le prestige de la botanique vaut-il
vraiment qu'on y laisse sa peau ?
Il fut décidé sans difficulté que Marguerite ne dormirait pas chez elle cette nuit. Le commissaire Cancanet la raccompagna chez ses voisins Edward et Beatrix Smith, qui les attendaient anxieusement, sur le pas de la porte.
Marguerite alla s'étendre dans l'une des dix chambres du terrier (les Smith avaient eu de nombreuses portées, mais les enfants avaient grandi et étaient tous établi dans la bonne société de la prairie, le ciel soit loué).
- Veillez bien sur elle, dit Cancanet, elle n'a pas l'air de comprendre ce qui est arrivé.
- La pauvre lapine continue de croire que son Martin n'est pas mort..., murmura Beatrix, un sanglot dans la voix. Commissaire, trouvez-nous vite l'assassin !
- Je ne suis pas magicien, chère Madame, se rebiffa Cancanet.
Edward Smith, les mains croisées sur sa bedaine, fit résonner sa voix de baryton, à la prononciation lente et prudente :
- Le commissaire fait ce qu'il peut, ma mie... Dans la plupart des prairies, la... police est brutale et ... inefficace. Chez nous, au moins, elle n'est pas... brutale...
- Mais seulement inefficace ! continua Cancanet avec humeur, de sa voix vive et nasillarde, qui contrastait avec la lenteur bovine de Smith.
- Je n'ai pas dit...cela..., répondit Edward, toujours prudent avec les mots.
- Bon, ne nous énervons pas, bien le bonsoir ! coupa Cancanet en faisant un geste de la main.
Pressé d'en finir, il les laissa en plan et s'évanouit dans la nature.
Les Smith restèrent perplexes sur le palier, à regarder les herbes hautes à perte de vue, lissées par le vent comme par un peigne essayant plusieurs coiffures. Les coquelicots brillaient d'un éclat presque innocent.
"Il y a quelque chose de ... pourri dans la prairie", dit lentement Monsieur Smith.
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