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Réveil difficile



Le blog de mes sensations quotidiennes sans importance, mais bizarres quand on y réfléchit bien...

Depuis quelques temps, chroniques (fictives ! Non je ne prends pas de carottes hallucinogènes !) d'un lapin universitaire, Martin Lapinet, dans la catégorie "L'Université de botanique (un monde de lapins)"...

Ouverture des commentaires le lundi de 9h45 à 22h15 et le vendredi de 6h22 à 12h51
                                                                                                                      

Mercredi 14 novembre 2007


La pluie met un rideau léger
Que transperce un rayon de lune
Sur l'étal de l'épicier
Une tomate, une

Carotte et un sac plastique font
La ronde des légumes mélancoliques
Sur fond
De nuit alcoolique






Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 3 novembre 2007
    "Imaginez un lapineau aux yeux bruns innocents, et des taches du même brun sur sa fourrure claire. Petit déjà, Benoît avait des longs cils mélancoliques qui lui donnait l'air triste d'un lapin adulte. Ou c'était la pupille, trop dilatée, qui me faisait dire : Arrête de me regarder bêtement, Benoît ! Fais quelque chose, Benoît !
    Mon petit-fils... Je crois qu'il a toujours cru qu'il serait malheureux, pourtant, vous pouvez me croire, sa mère lui a donné la meilleure éducation qui soit, dans un terrier-bâtisse, vous pensez ! J'étais pas mécontente, au début, quand elle a déniché son lapin de la haute, un vrai mari sur mesure, gentil et riche et tout. Ils formaient un beau couple : le lapin à redingote et la svelte lapine aux oreilles éthérées, Jules et Nina.
    Jules est parti au bout de deux ans avec une apprentie-dentiste, en laissant la maison à Nina, et trois portées de lapineaux sur les bras. Je me suis occupée des gosses. On vivait avec les récoltes de trèfle et de mâche, du verger d'à côté. Les enfants ont grandi et Nina a enfin pu respirer. Elle a décidé qu'elle était folle et s'est faite internée dans un terrier psychiatrique. C'est pas idiot comme solution.
    Benoît, dans tout ça, il aimait tout le monde. Vous voyez ? Sans voir les défauts des gens. Il s'enthousiasmait pour un rien. Il est tombé amoureux, le pauvre, à quinze ans, d'une lapine incolore et inodore de son lycée. Un soir il est revenu en pleurant à la maison, parce que "Flora" s'était moquée de ses dents riquiqui. Je lui ai promis qu'on lui ferait un traitement pour lui faire pousser les dents. Mais ya pas d'engrais pour les dents, vous savez. On a tout essayé, même votre horrible appareil, Monsieur Newman, mais il avait les dents emprisonnées dans du béton, je vous assure. Dans ma famille, on a les gencives solides.
    Bon, la fille est morte dans un accident de bateau l'année d'après, et mon petit-fils a enterré son premier amour bien au fond, bien profond dans son coeur d'enfant triste. Bon débarras, voilà ce que je me suis dit. Il va passer à autre chose.
    Il s'est mis à écrire des poèmes sur les jeunes filles qui disparaissent en laissant des blessures indélébiles.
    Et puis il a fait des études sur des lapins qu'écrivaient des poèmes. Je ne voyais pas l'intérêt en termes de kilos de carottes, mais il n'était pas du genre à écouter sa mère-grand. Sa thèse sur la poésie du XVIème siècle, là, vous savez. Alors ça, il commençait à me regarder de haut par-dessus ses lunettes, en parlant d'une voix aiguë. C'est bête, les jeunes. C'est dommage qu'il soit mort aussi bête. J'aurais aimé le connaître intelligent. Et puis il était re-tombé amoureux entre-temps, cet idiot. Il me l'a dit la dernière fois qu'il est venu me voir.
"Mère-grand, il m'a dit, ma vie n'a plus de sens.
- Arrête tes betîses, mon gros, je lui ai dit. C'est à cause d'une fille ?
- Oui.
- Comment elle s'appelle ?
- Marguerite.
- Tu la connais depuis quand ?
- Depuis longtemps.
- Parle-lui.
- Elle a un mec.
- Passe à autre chose, alors.
- Non, c'est pas ça. Tu comprends rien. Tous ces lapins... Tous ces lapins..."

"Tous ces lapins ? interrompit Ali Newman. Que voulait-il dire ?"
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 30 octobre 2007
    - Entrez, dit la vieille lapine en entraînant Ali vers le centre de la pièce. Ali émit un petit sifflement  exclamatif en regardant autour de lui. C'était un terrier-bâtisse d'époque, en pierres portées une à une depuis la carrière des Monts Tordus. Ali Newman visualisa un instant la longue procession de lapins exténués qui avait dû porter sur le dos et à brouette ces pierres tranchantes, caprice d'un suzerain médiéval.

Près de la cheminée, une lapine de dos.

Ali goûta cette attente sereine qu'elle se retourne, la lenteur de ses mouvements quand apparut  son museau boudeur d'abord, puis ses cils et ses yeux grands ouverts.
- Ca va ? dit Ali, ne sachant quoi dire d'autre.
- Vous en avez mis du temps, dit Marguerite en souriant.
- Je vous ai perdue à la sortie du train, et j'ai raté le bus.
- Je vous sers quelque chose ? interrompit la vieille, agacée par ces circonvolutions de lapins en parade. J'ai du sirop de tilleul et de l'essence de mâche.

Ils prirent de l'essence de mâche.
- Ca me coûte plus rien, dit la vieille en secouant la bouteille d'essence, la mâche ne se vend plus. Il faut bien que je vide mes stocks...
Elle avait l'air ailleurs. La discussion se traînait comme un ruisseau à l'agonie.
- Vous êtes pas des boute-en-train, j'ai vu mieux comme détective, reprit la maîtresse de maison. Pas évident de parler des morts, hein ? La police ne vaut pas mieux, remarque. Tous des incompétents. Alors je vais faire le boulot à votre place. Je vais ressusciter mon petit-fils - par les mots bien entendu, faites pas cette tête. Ecoutez.

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 19 octobre 2007
    Le commissaire en avait vu d'autres, et pourtant... Pourtant Marguerite, avec son petit air pète-sec et ses yeux qui vous regardent droit, comme si vous faisiez partie d'une espèce différente, vaguement ennemie, Marguerite ouvrait une brèche. Que détient-elle donc, cette lapine enamourée d'un stupide thésard décédé, quel est son secret ? Son indifférence, se disait le commissaire, avait le don de susciter le doute même chez les lapins importants, ceux qui disent : "Eh oui ! Et voilà... Voici mon histoire, pas mal, hein ?"
    Cancanet se demanda s'il se considérait comme un de ces lapins importants. Commissaire ! C'est pas mal, quand même. Mais non. Non... Une position malgré tout subalterne, un rouage, dans ce fonctionnement faussement huilé. Avait-il jamais résolu une seule affaire à lui tout seul ? C'était plutôt la logique des faits eux-mêmes qui avaient conduit les malfaiteurs et autres voleurs de poules à exhiber leurs pauvres motifs. Celui qui se fait prendre veut être pris. Les autres vivent dans une impunité moite grâce au silence d'une prairie complaisante.
    - Chef, lui dit Charles. Chef, je crois qu'y a un autre lapin qu'entre chez la mère-grand.
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 15 octobre 2007
     Quand elle fut descendue du train, Marguerite prit un bus, puis un taxi,  et marcha  enfin  un petit kilomètre  à travers  une forêt de pins inflexibles. Le bruit chouintant des pas de Charles et de Cancanet  sur le tapis d'aiguilles  et de feuilles était absorbé par les hululements du vent. "Elle est facile à suivre, chuchota Charles. Elle ne se retourne jamais." Cancanet lui lança un regard noir en se mettant un doigt sur le museau. Charles tressaillit comme sous l'effet d'une morsure (il imagina un instant le dard jaune et noir d'un scorpion bicolore) et se tut en baissant la tête.
    La silhouette de Marguerite, de plus en plus mince, semblait s'allonger vers le ciel violacé,  découpé en hauteur entre les arbres. Bientôt elle marcha côte à côte avec un filet de fumée blanche, fantomatique. Après une montée brusque, les deux lapins redescendirent une petite pente et virent, perchée sur une deuxième montée sinueuse, une maisonnette en pierre dont la cheminée projetait ce long filet de fumée persistant.
Marguerite frappa à la porte en bois et disparut à l'intérieur de la maison.

    "Et voilà, dit Cancanet. Il n'y a plus qu'à attendre.
- Attendre quoi, chef ? dit Charles.
Cancanet rejetta ses longues oreilles en arrière, perplexe.
- Que vient-elle faire chez la grand-mère de Silence ? se demanda-t-il tout haut.

Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Jeudi 4 octobre 2007



                            CHAT AVERTI  EN VAUT DEUX




Par Etrangère - Publié dans : Plus de peur que de mal - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Vendredi 7 septembre 2007
    Je fais partie des délaissé(e)s et des aigri(e)s qui ne comprennent toujours pas les règles du rugby, ni le sens des mots "essai" et "transformation", sauf dans l'expression, prononcée avec l'accent du sud-ouest : "il a tranforremé l'essai". Ces moldus, ils ont vraiment de drôles de pratiques (bien qu'intéressantes d'un point de vue anthropologique).
 
Par Etrangère - Publié dans : Questions
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Samedi 25 août 2007
       Le train traversait des paysages vert tendre et des carrés de culture multicolore. Le commissaire Cancanet, calé dans un siège près de la fenêtre, lisait négligemment le journal du jour : "Chute du cours du trèfle" indiquait la Une. Pour une fois, seul un entrefilet dans les pages intérieures parlait des meurtres à l'Université :

    "L'enquête sur le meurtre de trois universitaires, Edmond Salsifis, Benoît Silence et  Martin Lapinet, les deux premiers dans les locaux de l'Université de Botanique, le troisième à son domicile, piétine. On ne sait toujours pas pourquoi le cadavre de Lapinet était déguisé en momie. "

        Un lapin baraqué vint se planter devant le commissaire :
- Alors ? demanda Cancanet.
- Rien à signaler, dit le lapin. Elle lit un roman.
- Quel roman ?
- Je vais vérifier, dit le lapin, servile, en retournant vers le wagon d'où il venait.
Il traversa d'un pas hésitant le sas mouvant, puis, tirant sur la porte récalcitrante, il entra dans le wagon 7, deuxième classe. Marguerite Frisson avait laissé tombé son roman sur ses genoux, et piquait un petit roupillon. Impossible de voir le titre, dissimulé dans la jupe  à carreaux.
    Le lapin s'assit silencieusement de l'autre côté du couloir central. Il s'appelait Charles, faisait ses premiers pas dans la police de la prairie, et n'était jamais allé à la montagne. Il ne comprenait pas pourquoi il devait prendre la petite Frisson en filature, ni pourquoi le commissaire avait fait des yeux ronds quand il lui avait appris la destination de Marguerite :  le pic de la Tourmente, dans la chaîne des Monts-Tordus.

       
   

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Mardi 21 août 2007
    Marguerite regardait avec indignation le commissaire Cancanet, qui était confortablement installé dans le fauteuil en soie de cactus. Dans SON salon.
- Quels yeux ! dit Cancanet avec sa voix de canard. Arrêtez de me regarder comme ça !
- Et vous, arrêtez avec vos insinuations ! Ali Newman est un détective très compétent et ...
- ... Et je n'en ai jamais entendu parler, coupa Cancanet. Croyez-moi, la prairie est petite, s'il y  avait un bon "détective" sur les rangs, j'en serais le premier averti. Méfiez-vous des contrefaçons.
- Très drôle, dit Marguerite d'un air de collégienne butée.
- Ce qui est moins drôle, dit Cancanet en se levant et en attrapant son imperméable gris requin, c'est que vous vous mettez en danger. Avez-vous pensé, chère Marguerite (permettez-moi de vous appeler Marguerite) que ce lapin sorti de je ne sais quel chapeau est peut-être l'assassin ?
- Et si c'était vous, l'assassin, dit Marguerite en se rapprochant de lui.
- Billevesées ! s'exclama Cancanet.

Cette lapine avait du caractère, et elle le mettait brutalement mal à l'aise. Jolie, en plus. Cancanet se décida finalement à partir, en se promettant de la faire filer par un de ses lapins.
- Pas la peine de me raccompagner, dit-il en se dirigeant vers la porte du terrier, à deux mètres du fauteuil.
- Je n'en ai pas l'intention, on n'est pas dans un château, et je ne suis pas majordome, dit Marguerite froidement.
- Vous avez raison, c'était sans queue ni tête. Un vieux réflexe d'aristocrate.
(Je pourrais pas me taire, de temps en temps ? se dit Cancanet en se mordant la lèvre inférieure).
Et il s'enfuit dans le vent frisquet en laissant Marguerite sur ce mot étrange.
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 7 août 2007
    Je ne sais pas quoi dire, quoi penser. D'un côté, mon amoureux hystérique est disparu, ou mort (mais peut-être est-ce la même chose). De l'autre, un détective hyperactif m'offre ses services pour retrouver mon lapin disparu. Il porte le doux nom d'Ali. C'est plus intéressant que Martin. Ca sonne comme une barque glissant sur le Nil. Je ne veux même pas savoir à quoi ressemblent ses yeux, derrière les lunettes noires. Ni son museau si on lui enlevait son appareil dentaire d'handicapé de la vie. Il cultive le mystère, tant mieux.
     Je suis seule et ce n'est pas plus mal. Le terrier vide, en creux, me parle de Martin. La théière fume, les assiettes claquent mais le froissement du journal, qu'il achète après le déjeuner, manque. Martin, c'est avant tout les bruits qu'il produit tout au long de la journée : les lourdes pantoufles au réveil, les longs baîllements sonores, les coups de téléphone interminables, la cuiller tintant dans la tasse de café, le bruit de succion quand il mâchonne ses chewing-gums goût carottes vapeur, ses sifflements légers de chansons démodées, comme des trilles d'oiseau émerveillé, les brusques claquements de porte avant de me retrouver dans la chambre, en commençant ses phrases d'un air inspiré : "Marguerite, devine quoi...".
    Le terrier silencieux fait retentir dans ma tête la symphonie quotidienne des allées et venues de Martin.
   
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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