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Réveil difficile



Le blog de mes sensations quotidiennes sans importance, mais bizarres quand on y réfléchit bien...

Depuis quelques temps, chroniques (fictives ! Non je ne prends pas de carottes hallucinogènes !) d'un lapin universitaire, Martin Lapinet, dans la catégorie "L'Université de botanique (un monde de lapins)"...

Ouverture des commentaires le lundi de 9h45 à 22h15 et le vendredi de 6h22 à 12h51
                                                                                                                      

Vendredi 9 mai 2008
Logique, c'est le seul.
Par Etrangère - Publié dans : Questions - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 9 avril 2008
Amis médecins légistes ou aspirants,


Vous êtes de plus en plus nombreux à venir sur ce blog, comme je m'en aperçois en lisant mes statistiques. Parmi les mots clefs les plus courants apparaissent : médecin légiste, comment devenir médecin légiste, assistante médecin légiste, cadavre médecin légiste, salaire d'un médecin légiste... Bienvenue à vous !
Je conçois votre désappointement puisqu'il n'est question ici que d'un médecin légiste lapin, de meurtres de lapins, dans un monde de lapins, avec une université de botanique. Mais vous et moi, nous avons, je crois (j'espère) des points communs, très légers, certes, comme des points de suture sur le point de disparaître, et pourtant oui il y a bien derrière tout cela une blessure, une plaie, une évidence : la mort.
Je me demande quel est votre rapport à la mort, peut-être même que j'en frémis, mais j'imagine, n'est-ce pas, que vous envisagez la mort d'une manière tellement plus familière que moi et que mes visiteurs réguliers, qui nous faisons des frayeurs pas possibles au sujet de lapins qui n'existent pas. Ou disons plutôt que nous faisons semblant, histoire de passer le temps.
Pendant ce temps, vous, amis légistes ou aspirants, menez un combat après le combat, et établissez, si je ne me trompe, les causes du décès, et avez cet accès-là, véritable, à l'accident, au meurtre, au crime.
Je rends hommage à votre sang-froid et vous salue,

L'Etrangère.

Par Etrangère - Publié dans : Questions - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 19 mars 2008
    Plus les ventres sont adipeux, plus ils sont expressifs. Un bourrelet un peu asymétrique fronce le sourcil, un pli sous le nombril fait la moue. Laissez-vous encore aller et votre ventre en dira long sur vous. Trop long, peut-être. Dans un élan de pudeur, vous tentez de le rentrer, puis, quand cela n'est plus possible, de le camoufler sous des pulls informes ou des imperméables dont la ceinture, serrée haut sous les seins, brouille la ligne de la taille. Mais non, le ventre, révolté, plein de vie et de verve, continue de vouloir s'exprimer : "C'est quoi, cette censure ? Je suis beau !" crie-t-il aux passagers du métro. Ceux-ci, sentant cet appel silencieux, vous laisseront peut-être - suprême insulte - leur place, ne comprenant pas qu'un ventre de femme peut être beau parleur sans être enceint.
    J'aime mon ventre. Il brille. Ses recoins sont pleins d'histoires et de sillons nacrés. Si j'étais une puce, je le trouverais confortable. Si j'étais un Bouddha, je m'installerais dans son équilibre généreux. Pourtant, j'ai décidé de mettre un terme à son expansion. J'ai engagé avec lui un dialogue musclé. Parfois il se tord de colère, mais j'aime bien lui découvrir de nouvelles expressions quand je fais mes abdos. Tu fais une drôle de tête, là, je lui dis. La plupart du temps, il il ne répond pas : il boude, les deux extrêmités de la bouche plissées vers le bas. Mais des fois, il rit.

Par Etrangère - Publié dans : Plus de peur que de mal - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mardi 18 mars 2008
Dans ma tête et dans mon blog, il faut parfois changer les rideaux.  D'où ce petit coup de pinceau, ce design  pas forcément mieux mais au moins différent, pour faire la fête au mois de mars et  aux oiseaux qui reviennent d'Afrique.  Est-ce que c'est parce que j'ouvre  plus souvent la fenêtre,  écartant même deux orteils peureux sur le balcon de béton froid, ou est-ce vraiment une anticipation du printemps qui nous vient du Sud, avec des chants d'oiseaux peut-être
migrateurs ? 

Par Etrangère - Publié dans : Questions - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 8 mars 2008
Incroyable, j'ai tapé quelques mots anodins sur un moteur de recherche (du genre, en maquillant un peu : "prof dépressif") et je suis tombée sur le blog d'une fille avec laquelle un de mes proches s'est engueulé récemment. Je ne la connais pas, j'ai juste eu les détails de l'altercation. Alors que son blog est anonyme, je l'ai reconnue à quelques remarques qui ne peuvent absolument pas tromper. C'est elle ! Aussi insupportable qu'on me l'a décrite.
Et là, un doute m'étreint : et si, malgré tous mes efforts, des gens que je connais m'ont lue, et reconnue sur ce blog, et se foutent de ma gueule ?
AAAAAAAARFFFFFFFFFFF !!!!
Traîtres ! Démasquez-vous ! J'avoue que c'est bien lâche d'écrire un blog anonymement, mais lire MON blog dans votre coin, sans que je le sache, y avez-vous pensé ?
Quand même, je donne infiniment moins d'indices que la blogueuse en question. Je fais exprès de NE PAS traiter de sujets qui me tiennent vraiment à coeur, au détriment de l'intérêt du blog ! J'en suis venue à ne parler que de la surface des choses pour me protéger. Mais quand on connaît quelqu'un, même de très loin, même par ouïe-dire, il en faut très peu pour retrouver les traits saillants d'un caractère, et des petits détails que j'ai laissé traînés parce qu'ils me semblaient secondaires m'ont peut-être trahie... Ai-je pensé au fameux faisceau d'indices ? Quand tout se recoupe et que le doute n'est plus possible...
Internet, c'est dangereux, mine de rien. Sur un forum de profs, j'ai aussi reconnu au moins une de mes amies, après coup, dans une conversation. On était dans un café, et elle me dit une petite phrase très spéciale, que j'avais déjà entendue quelque part, mais où, mais quand ? Et pourtant j'étais sûre qu'elle ne s'était pas répétée... Non, ce n'est pas exactement une impression déjà-vu, je garde mes dons prémonitoires pour des circonstances bien précises... (Vous soulevez un sourcil, étonné ? Non, je n'en dirai pas plus, hihi). Bref, dans un éclair je me suis souvenue d'avoir lu la même remarque sur un forum, où mon amie s'exprimait tout-à-fait anonymement.
Comme c'est étrange  ! La réalité et le blog auraient donc un rapport ?

Par Etrangère - Publié dans : Questions - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Lundi 25 février 2008
   

                                                                                                                                                                                                                                             


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Par Etrangère - Publié dans : Plus de peur que de mal - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 9 février 2008

    Au dernier mot que prononça Cancanet, Ali Newman se leva lentement, et, sans  regarder personne, se dirigea tranquillement vers la porte.
"Pas un geste, Lapinet ! "s'écria le commissaire, dégainant son arme (un lance-petit-pois de gros calibre).
Mais Ali (ou était-ce Martin Lapinet, comme le croyait Cancanet ?), pris de l'étrange instinct de survie de l'animal aux abois, bondit à droite, à gauche, ouvrit la porte et se mit à sauter vers la forêt comme un lapin de garenne. Il disparut en un instant, laissant dans les pupilles du commissaire l'éblouissement d'une tache blanche surgissant des herbes et des tulipes mauves.
"Attrapez-le !" rugit le commissaire, se ruant dehors. Charles le suivit gauchement, tentant quelques bonds de lapins peu athlétiques, la technique traditionnelle de vélocité quadrupède ayant été délaissée depuis longtemps au profit de la course à deux pattes dans les écoles de police.
Marguerite elle aussi se mit à courir après les deux policiers.
"Où allez-vous ? lui cria Mana Silence restée sur le palier du terrier-bâtisse.
- Chercher Martin ! répondit Marguerite en retenant son chapeau sur ses oreilles, poussé par un vent contraire.
Les rubans roses de son chapeau lui fouettaient le museau, mais, bien que douillette,  elle n'avait qu'une idée fixe : retrouver Martin, lui enlever son ridicule appareil dentaire de faux détective, et l'embrasser.
Par Etrangère - Publié dans : L'université de botanique (un monde de lapins) - Communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 19 janvier 2008
    C'était le commissaire Cancanet, accompagné de son assistant, Charles. Mana Silence, un peu interloquée par cette intrusion, les conduisit vers le centre du salon, où ils saluèrent Ali et Marguerite, puis prirent place, le commissaire dans un fauteuil en velours vert, et Charles dans une chaise à bascule.
"Cinq lapins dans un terrier, remarqua Cancanet de sa voix nasillarde, ce ne serait pas un titre de roman policier, par hasard ?"
Les autres lapins se regardèrent d'un air perplexe, mais Cancanet continua de s'enfoncer : " Vous aimez les romans policiers, mademoiselle Marguerite, n'est-il pas vrai ?
- Pas spécialement, répondit Marguerite en fronçant un sourcil interrogateur au-dessus de son oeil gauche.
- Mais... vous n'étiez pas en train de lire un roman, dans le train ?
- Un roman ? Pas du tout. Tout ce que j'ai dans mon sac, c'est un livre de recettes.
- Très bien, très bien... dit le commissaire d'un air gêné, c'est comme ça qu'on avance..."
Il s'éclaircit la voix et reprit : "Figurez-vous que nous avons des éléments nouveaux dans l'enquête. Absolument nouveaux, répéta-t-il, satisfait de voir que cet adjectif avait transfiguré le visage de ses interlocuteurs, soudain figé dans l'attente. J'ai reçu, figurez-vous, un coup de fil du médecin légiste, Renart Flemming, qui est rentré de l'hôpital. On lui a enlevé son plâtre, hé hé."
"Et alors ? s'impatienta Mana Silence.
- Et bien, figurez-vous que Renart Flemming a décongelé les corps des victimes, et nous voilà dans une bien drôle de soupe de nouilles : d'abord, alors que nous avions trois cadavres, ceux de Salsifis, de Silence, et de Lapinet, Renart n'en a retrouvé que deux !
- Oh ! s'exclamèrent en choeur les lapins.
- Est-ce que cela veut dire que quelqu'un a volé le troisième corps ? demanda Marguerite.
- C'est encore plus pervers que cela : car ce n'est pas tout. Si l'un des cadavres était en parfait état, grâce à l'installation particulièrement performante du Grand Congélateur, le deuxième, hélas, une fois décongelé, révéla, sous les bandelettes blanches, un état de putréfaction avancée. Vous souvenez-vous, Marguerite, de cette "odeur de la mort" qui vous avait particulièrement frappée ?
- Et alors ? s'impatienta Mana Silence.
- Et alors, comme je le dis toujours, le plus important, c'est de conserver la chaîne du froid. Puisque cette règle élémentaire n'a pas été respectée, force est de constater qu'un événement extérieur est venu bouleverser l'ordonnancement rigoureux de la Boucherie communale (c'est-à-dire la morgue, pour ceux qui ont du mal à suivre).
- Que voulez-vous dire ? demanda le détective Ali d'une voix un peu plus claire que d'habitude."
Le commissaire Cancanet exultait, il tenait enfin son public :
"Je veux dire, Monsieur le détective sorti de nulle part, que le deuxième cadavre, c'est-à-dire, n'est-ce pas, celui de Benoît Silence, a été volé par le Dépouilleur, puis recouvert de bandelettes blanches, de manière à cacher le début de décomposition qui l'affectait ; une fois que la momie eut fait son office, faisant croire à une troisième victime dans le domicile même de Martin Lapinet, elle a bien entendu été envoyée à la Boucherie, et recongelée dans l'attente du médecin légiste. Visiblement, le dépouilleur savait pertinemment que Renart Flemming était en arrêt de travail, et en a profité : personne n'allait se fatiguer à fouiller dans les tiroirs du Grand Congélateur pour voir si un cadavre avait été volé ! Mais voyez-vous, il avait oublié un précepte simple : ne jamais recongeler un produit dégelé !
- Mais c'est insensé ! se révolta Marguerite. Qui voudrait voler un cadavre pour le mettre dans ma maison, en faisant croire que Martin est mort ?
- Et si, tout simplement, Martin Lapinet était le Dépouilleur, et voulait faire croire à sa mort pour échapper à la justice ? triompha le commissaire.









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Samedi 12 janvier 2008
Dit la sorcière de la rue des Enquiquineurs
Aux fourneaux du resto "Le canard piteux"
Dans un faubourg  qui fait peur

Les clients répondirent :
"Attendez d'abord qu'on finisse notre assiette
Il reste du lapin et puis on a commandé un soufflet, et des tartelettes
Versez-nous plutôt un autre verre de kir !"

La sorcière les trouve ben prétentieux et ben cons
La main sur la hanche avec son torchon à carreaux rouge
Elle se demande si elle va pas les trucider tout' suite vu qu'ya personne d'autre dans l' bouge
Et qu'ils sont complètement ronds

"Vlà qui s'mettent à chanter" grommelle-t-elle dans sa barbe
Car les clients se lèvent et se prennent par les épaules
Ils forment une ronde vacillante autour de la table
Et chantent des histoires de fantômes et des histoires pas drôles

Du tout, sur la fin d'un rêve fumeux qui ressemble à la vie
Avec des promesses non tenues et des lâchetés si basses
Qu'elles n'ont pas encore les vibrations d'un crime, ni d'une contrebasse
Ni dans une main tremblante d'un verre d'eau-de-vie

Vlan, crac, fracas de vaisselle, les clients ensanglantés s'empoignèrent
Comme des sangliers écumants de rage
La sorcière n'eut plus qu'à ramasser les visages
Séparés des bustes, et à prendre sa salière :

"Avec du gros sel ils vont dégorger
Comme des escargots de Bourgogne
Je vais pouvoir les manger
Avec du beurre persillé, sans vergogne."






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Jeudi 10 janvier 2008
Marguerite avait repris ses esprits et buvait à petites lappées un chocolat chaud onctueux préparé par Mana Silence. Cette dernière avait le front soucieux et tous ses traits semblaient tirés vers le haut. Après avoir longuement réfléchi, en marchant de long en large devant la cheminée, Ali Newman prit une grande inspiration, et exposa aux deux lapines ses provisoires conclusions :
"D'une part, dit-il de sa voix enrouée, tout s'éclaire : Benoît Silence, épris de Marguerite, s'en prend aux amants de celle-ci, au sens classique s'entend - non pas ceux qui partagent sa couche, mais ceux qui voudraient la partager - et écrit un poème "A Marguerite" évoquant un probable regard mystique échangé entre les deux anciens étudiants en Botanique, et qui serait à l'origine de cette dévastatrice passion.
D'autre part, nous nous trouvons face à un certain nombre d'incohérences et d'obscurités. Premièrement, faut-il considérer qu'Edmond Salsifis, l'illustre professeur retrouvé dépouillé dans l'amphi Poil de Carotte, était amoureux de Marguerite ? Sans préjuger des pouvoirs de séduction de ladite lapine, l'écart d'âge et l'absence de relations connues entre eux suscite l'interrogation. Deuxième problème : Martin Lapinet est-il véritablement mort ? Sa compagne ici présente, vous-même, chère Marguerite, en doute fortement, et m'a même chargé de le retrouver. Troisièmement, et ce n'est pas la moindre des objections : Benoît Silence est mort ! Il est la troisième victime du dépouilleur !  Où ne serait-ce qu'un leurre ? Etait-ce son cadavre, etait-ce celui d'un autre ?
En résumé, avant même de nous demander "Qui est l'assassin ?" il faudrait revenir à la question "Qui sont les morts ?". "
- Parce que vous n'avez pas été fichu d'identifier les victimes ? grommela Mana Silence.
Trois coups frappés vigoureusement à la porte d'entrée interrompirent la conversation.

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